Elle
n’a pas encore l’excentricité des chanteurs. La plastique demi-svelte, l’air
timide, une apparente timidité dans laquelle se tapit pourtant l’énergie
d’artiste ; le look rosé, ce qui lui a valu le pseudo de « Rose »,
Mical Rose, cette belle inconnue du grand public lushois, est une étoile qui se
dessine. Il se peut que vous vous leviez, un de ses quatre, avec sa lueur
brillant au-dessus de votre maison.
Katanga Cultura : Qui est Mical
Rose et d’où vient elle ?
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Mical Rose, artiste musicienne de Lubumbashi. Ph. Fils Ngeleka |
Mical
Rose : Je suis née Lubaba
Ngoyi Anne-Mical, Mical Rose est mon nom
de scène. J’ai commencé mon aventure musicale par la danse dans le club Arsenal
de danse au quartier Bel air. Alors que j’étais incapable de chanter
correctement, je me suis découvert une vive passion pour l’interprétation.
J’interprétais souvent les chansons des artistes que je voyais à la télévision,
je reproduisais par écrit les paroles de ses chansons et je les répétais à la
maison. Ma passion a grandi au fil de temps et, avec elle, ma capacité à
pouvoir chanter. C’est forte de ce progrès-là que j’ai réussi à sortir du cadre
familial.
J’ai commencé par chanter dans des
écoles, des noces et d’autres cérémonies, mais c’est dans les écoles que je me suis
souvent produite. Sur ces entrefaites, j’étais loin de pensé que je réussirai
un jour à enregistrer une chanson, ce que je faisais était purement de
l’occupationnel, je m’amusais à interpréter devant un public, me contentant des
ovations.
Des personnes, dans mon entourage et ailleurs,
m’ont persuadée que c’était cela mon destin. Depuis lors, j’ai appris à développer
ce qui est en moi.
Par la suite j’ai eu la chance de
répéter avec le groupe Manus de l’institut français de Lubumbashi, mais j’étais
honteuse. Je m’en sortais facilement dans les écoles, le milieu m’était devenu
habituel, mais chanter devant un public aussi avisé qu’était celui de l’institut
français alors, m’était ardu. C’est au fil de temps que j’ai appris à me concentrer
sur la scène.
K-C: C’est quoi la
musique pour vous, un passe-temps, une occupation ?
Mical
Rose : C’est une passion pas
un passe-temps. Ça ne fait pas longtemps que je pratique la musique avec autant
d’engagement. Récemment, j’ai été choisie pour accompagner maman Mbilia Bel
dans une série de ses productions à Lubumubashi. Cette collaboration m’a
beaucoup. Au-delà de la considération que j’ai ressentie dans le fait d’avoir
été parmi les rares personnes retenues pour accompagner une aussi grande voix
de la chanson congolaise, j’ai appris à attacher de l’importance à ma petite
carrière, à me prendre au sérieux. Je suis intervenue dans ces productions-là
comme chanteuse et danseuse. Toutes les fois que j’y repense, je me dis, dans
mon tréfonds : « Mical, tu peux faire mieux ! ». Lubumbashi
une forêt d’artistes, il est bourré de chanteuses pour parler de ce qui m’est
proche, mais quand on vient ne serait-ce qu’une fois à sortir du lot sur un projet de grande envergure,
c’est émouvant !
K-C: Parlons de
Mbilia Bel justement, fait-elle partie de vos modèles ?
Mical
Rose : Elle est une grande
chanteuse. J’aime toujours sa façon de chanter, seulement je ne suis pas une
fan des musiques congolaises ; je suis plutôt passionnée des musiques
européennes, ces musiques sur lesquelles je me suis inventée et j’ai inventé mon esthétique musicale. Parmi
mes modèles il y a Shakira, dont j’interprète souvent les chansons, Zaho ou Rihana.
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Mical Rose, artiste musicienne de Lubumbashi. Ph. Fils Ngeleka |
K-C: Que s’est-il
produit dans votre vie, votre façon de voir les choses qui a suffit à vous
motiver pour qu’enfin vous vous engagiez sérieusement dans la musique ?
Mical
Rose : J’ai compris que le manque
de sérieux ne m’était pas loisible. Avant je ne comprenais pas pourquoi la
musique pouvais être une occupation sérieuse. L’école du temps m’a appris à intérioriser
cette approche. J’ai compris que chanter est mon destin.
K-C: Vous qui avez déjà
franchi ce mur de la honte, que diriez-vous à tout ceux qu’il enchaîne encore ?
Mical
Rose : Je voudrais leur dire
que si vraiment ils ambitionnent de chanter comme tous ces artistes qui les
frappent d’admiration, il va leur falloir briser la honte. Ils doivent, en plus,
donner libre cours aux expressions de leurs cœurs et prendre les choses au
sérieux.
K-C: Evoquons votre
actualité…
Mical Rose : Je travaille pour le
moment sur une chanson promotionnelle, parallèlement je prépare un maxi-single qui comprendra quatre chansons.
La chanson que je m’apprête à lancer s’intitule « Ata ku umiza ».
K-C: De quoi
parle-t-elle, cette chanson ?
Mical
Rose : L’arrière-plan de la
chanson est l’histoire d’un homme qui a une liaison avec une femme qui voit en
lui rien de plus qu’une source d’argent, un pourvoyeur de sous. C’est cet homme
que j’alerte sur les conséquences de ce type de liaison, je le préviens en lui
disant : « Ata ku umiza !, cette fille n’est pas bonne pour toi !»
Je considère cette chanson comme un avertissement, une mise en garde.
K-C: L’idée est
partie d’un constat, d’une triste réalité dont vous avez été un témoin
privilégié ?
Mical
Rose : Je me le suis plutôt
imaginé. Mais c’est réel, ça se vit, ici comme ailleurs, mais la chanson n’est pas inspirée d’un cas que j’ai vécu.
L’idée m’a traversé l’esprit quand je suis arrivée au studio, alors je me suis
dis pourquoi pas ?
K-C: Faites-vous des
collaborations artistiques ?
Mical
Rose : Bien sûr, j’avoue n’en a voir pas fais beaucoup
jusque-là mais je collabore. Il y a Agressivo qui a posé en introduction de
« Ata ku umiza ». Si mes collaborations se comptent sur les doigts
d’une main, c’est surtout parce que je me refuse à certaines participations. Je
n’apprécie non plus beaucoup l’évolution en groupe, je me retire.
K-C: Elle ne fait
pas vivre son homme pourtant…
Mical
Rose : Vouloir obtenir
quelque chose de la musique, est une bataille personnelle, C’est à soi de
décider ce que l’on attend de la musique. Si vous vous y consacrer comme à un
jeu, vous contentant des ovations, le
résultat sera proportionnel, par contre si vous voulez en vivre, c’est bien
possible. Moi je crois à la réussite, même si beaucoup ont échoué, moi je sais
ce que je fais et suis convaincue de pouvoir aller loin.
K-C: Etes-vous liée
avec un producteur ?
Mical
Rose : Je n’ai pas de
producteur à proprement parler, je suis
aidé par le studio Dienem Chris Record. Je travaille avec l’ingénieur du son.
On fait de notre mieux en attendant demain. Je suis de ceux qui pensent qu’il
faut, dans toute chose, montrer sa volonté.
K-C: Ce n’est pas
facile pour une fille d’exercer dans la musique, elles sont nombreuses celles
qui échouent de persuader leurs
familles, celles qui se heurtent encore aux restrictions familiales, aux
préjugés et aux a priori culturels. Avez-vous été exemptée ?
Mical
Rose : Les gens illusionnent
à la vue d’une artiste musicienne. Moi, je vis avec ma mère, elle s’est opposée
à moi avant de me laisser m’adonner à la musique. Je me rappelle qu’elle a
subie l’influence de plusieurs personnes, dans mon entourage, qui l’ont persuadée que ce n’est pas une bonne
vie, la vie d’artiste féminine. Elle a fini par comprendre que le chemin pour lequel
je m’obstinais est bel et bien mon destin. Le changement s’est opéré quand
je l’ai invitée quelque part où je
chantais, elle a vu combien j’étais applaudie. Par la suite, des gens lui ont
parlé pour la persuader de me laisser faire.
K-C: Votre dernier
mot
Mical
Rose : Je dis à tout le monde
que je suis là, animée d’une volonté de faire toujours la bonne musique.
Propos recueillis par Fils Ngeleka
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